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Le Népal a subi, le 25 avril 2015, son tremblement de terre le plus meurtrier depuis cent ans. Il a fait près de 9000 morts et dévasté des régions entières. Panorama s’est rendu à Dhobi, un village népalais aux confins de l’Himalaya. À l’écoute de la terre, ses habitants, hindouistes et bouddhistes, se reconstruisent jour après jour.

Au moment où la terre s’est mise à trembler, je me trouvais dans l’épicerie que tiennent mes parents, à côté de leur restaurant. Ma mère était dans le jardin, à l’arrière de la maison, en train de préparer le repas. Mon père travaillait à l’étranger, il n’était pas là, et ma sœur dormait à l’étage. » Pour Manisha, 14 ans, ces souvenirs sont douloureux. « J’étais effrayée. Ma mère a couru vers la route, je l’ai rejointe. Les maisons tremblaient, de lourdes pierres se décrochaient des montagnes. » Manisha se souvient du « bruit grondant de la terre en colère »  et de sa sœur tétanisée qui n’a pas pu sortir de la chambre à l’étage.

« Les adultes se sont réfugiés au milieu de la route. Ils se sont accroupis, comme s’ils n’arrivaient plus à tenir sur leurs jambes. Manisha reprend : « L’année qui a suivi, nous avons vécu dans un camp de réfugiés. » La jeune fille est adossée à l’entrée du restaurant familial.

En raison de la subduction de la plaque indienne sous la plaque eurasiatique, à l’origine de la chaîne de l’Himalaya, le Népal se trouve chaque jour menacé par un affrontement venu des entrailles de la Terre.

« Mon papa raconte qu’il y a sous la terre un éléphant. Quand il se gratte l’oreille, la terre tremble légèrement. Quand il se gratte les deux oreilles, la terre tremble un peu plus. Mais quand l’éléphant se retourne, c’est une catastrophe! » Anisha et Manisha sont les enfants les plus connues du village. Leurs parents tiennent le restaurant et l’épicerie de Dhobi. Le village s’étend ensuite sur des dizaines de kilomètres au milieu des montagnes.

En 2015, tout s’est effondré. Certains villageois se sont retrouvés coupés du reste du monde pendant des semaines. Nous sommes à deux cents kilomètres à vol d’oiseau du Mont Everest et à une journée de voyage de Katmandou.

Le mot « dhobi », qui a donné son nom à ce village du district de Ramechhap, désignait autrefois l’esclave du roi, « l’homme qui lave le linge ». Dhobi est resté un hameau d’une grande pauvreté où cohabitent depuis des siècles des communautés bouddhistes et hindouistes. Être propriétaire de deux vaches est, ici, un signe de richesse. Dans le reste du pays, c’est une fortune dérisoire.

L’aide du gouvernement versée à chaque foyer au lendemain du séisme s’est élevée à l’équivalent de 2600 euros, une somme permettant de couvrir la moitié des travaux d’une maison parasismique. Le reste a été financé par des fonds humanitaires. C’est l’ONG suisse Medair qui a rempli cette mission à Dhobi. Au lendemain du séisme, elle a recruté une dizaine de jeunes ingénieurs népalais pour reconstruire, avec les habitants, 1296 maisons dans la vallée. Kripa, 28 ans, fait partie de cette équipe d’ingénieurs venus de tout le pays. « C’est une fierté de voir ces toits bleus pousser comme des fleurs » confie-t-elle.

Nous avons formé les villageois au métier de maçon. Ils ne savent pas lire, mais ils ont envie d’apprendre. Ils ont d’ailleurs compris l’importance d’envoyer leurs enfants à l’école, après le travail au champ.

Les villageois de Dhobi ont impulsé des bouleversements étonnants depuis 2015. Les castes traditionnelles se sont réconciliées avec les dalits, les « impurs », qu’on connaît sous le nom d’« intouchables ». Les dalits ont pu travailler comme maçons, rémunérés au même titre que les autres villageois, alors qu’ils étaient réduits au rang d’esclaves depuis des générations. Autre miracle, beaucoup d’ouvriers népalais partis travailler en nombre dans les pays du Golfe pour envoyer de l’argent à leur famille sont rentrés à Dhobi, afin de reconstruire leur village détruit. « D’un désastre naît souvent l’espérance, non ? », sourit Kripa. « Il fallait survivre, c’est pourquoi les communautés de tous les rangs sociaux se sont serré les coudes. Cette culture de l’entraide, on l’appelle “Arma parma”. Je suis heureuse d’avoir contribué à la reconstruction de Dhobi, d’avoir apporté ma petite pierre à l’histoire de mon pays. »

« Tout le village s’est mis au travail ! », lance Kul Bahadur Magar, qui s’emploie ce matin à la construction de sa trente neuvième maison près d’un chemin de montagne. Sous sa casquette, ce maçon a une particularité : il est aveugle. « Je choisis les pierres au toucher. Je ne vais pas rester assis à prier… J’ai besoin de me sentir utile pour ma communauté. »

À l’aube, assise à la table du restaurant de Dhobi, Anisha dessine au stylo à bille sur des pages quadrillées : une maison, un arbre et, au loin, les montagnes couron- nées d’un soleil levant. « Le soleil se lève et se couche toujours au milieu des montagnes, explique- t-elle. De ses mains recouvertes de henné, elle referme son cahier. Dehors, la lumière du jour rase la montagne Thumka Dada. Les ouvriers matinaux se mettent au travail. Promesse de renouveau, le bruit de leurs mar- teaux remplace le chant du coq.


Photos par Tamara Berger